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La dépression et le suicide chez les personnes âgées



 

 

La dépression et le suicide chez les personnes âgées
 
 
Ce mercredi 8 Novembre 2017, les stagiaires Animateurs et Auxiliaires en Gérontologie de la M.F.R des Achards ont bénéficié de l’intervention du Docteur Jean François PUJOL, gériatre aux Essarts, pour traiter du sujet de la Dépression et du Suicide chez les personnes âgées.
 
Docteur PUJOL fait partie du programme de formation de formateurs à la prévention du suicide et de la dépression du Gérontopôle, pour sensibiliser les médecins généralistes et les aidants, et il s’est appuyé sur l’outil « Mobiqual » pour cette intervention.
Il présente la réalité de cette maladie psychiatrique comme la plus fréquente, avec un taux de décès de plus de 3000 par an, chez les personnes de plus de 65 ans, soit 30% du nombre total en France prévu en 2050 ! Un défi majeur de santé publique ! Il utilise un film « Les emmurés du silence » pour aborder ce sujet dramatique, suivi d’un partage, puis d’un quizz et d’un diaporama offrant des outils de prévention, de repérages et d’aide au diagnostic, et aussi, des chiffres et les grandes lignes de prise en charge. Il conclut cette rencontre en exprimant haut et fort que la dépression n’est ni une maladie honteuse, ni une fatalité !
 
Le film « Les emmurés du silence » de Pierre Schumacher tourné dans un hôpital gériatrique, pose bien les problématiques de la dépression. Des femmes dépressives, aux visages tristes, fermés et aux regards vides, inexpressifs...cela commence par une peur, puis des obsessions et des crises. Un conjoint démuni, dans l’impuissance et l’incompréhension. Toute une vie de famille remise en cause. Une psychomotricienne qui les stimule et les aide à retrouver de l’énergie …Une art thérapeute qui les fait peindre la porte qu’elles retiennent fermée…Un psychiatre parle du tabou de la mort et l’urgence de repenser la fin de vie…
 
Le partage avec les stagiaires s’est porté au-delà du film, sur la différence entre une crise de vieillissement et une dépression, sur l’organisation, dans le travail d’un animateur ou celui d’un auxiliaire, du soin relationnel avec une personne âgée dépressive. L’importance d’être congruent, dans l’empathie et dans l’intention d’écoute, mais également la nécessité du travail d’équipe ont été soulignées. Les différentes formes de dépression ont été abordées, comme la dépression masquée, hostile ou apathique, et la cognitive. Et enfin, des questionnements sur l’efficacité des traitements sont posés :  en général, un tiers de traitement par la psycho-psychiatrique, un tiers par le traitement médicamenteux et un tiers par l’environnement s’avèrent longs mais très satisfaisants …et pour finir, les stagiaires se demandent comment prévenir le suicide en structure et à domicile. Le docteur Pujol y répondra par la suite avec des outils de diagnostic.
 
Le quizz comportait une dizaine de questions sur la dépression, comme les signes évocateurs, les principes de prévention et les facteurs aggravants…
 
Et enfin le diaporama qui a permis de structurer cette problématique par des chiffres évocateurs et de répondre à bien des questionnements comme les facteurs de risques qui conduisent au suicide, comment détecter et repérer les personnes capables de passer à l’acte, comment s’articule leur prise en charge.
2, 3 % des français de plus de 65 ans sont dépressifs et 40% ne sont pas diagnostiqués. C’est une maladie souvent « masquée » et c’est lourd de conséquences sur le plan humain, relationnel et social. Nous vivons de plus en plus vieux et la place de la personne âgée dans la société n’est plus valorisée. Les raisons les plus sensibles à la dépression viennent souvent de ce sentiment douloureux d’inutilité. Les facteurs de risques principaux sont les pertes affective et sociale, l’isolement, la précarité, la perte d’autonomie. Les femmes sont touchées deux fois plus que les hommes.
Les personnes âgées qui présentent des comportements inhabituels et des plaintes verbales comme « j’en ai marre…à mon âge…A quoi ça sert ? » doivent alerter, tout comme les douleurs variées, la fatigue, la tristesse, le repli sur soi et la perte d’appétit, voire aussi l’alcoolisation excessive très prononcée chez le sujet âgé. Il faut alors prendre l’avis de l’entourage et remonter l’information, évaluer le degré d’urgence et prendre l’avis d’un psychiatre si besoin.
Les risques suicidaires sont un problème de santé mentale des plus communs chez les personnes vieillissantes. Leurs façons d’y parvenir sont bien plus radicales que chez les jeunes, et quatre fois supérieures. 70 % des suicides ont lieu à domicile, avec un taux de réussite de 90% chez les hommes contre 35% chez les femmes.
Quant au traitement, son objectif est d’empêcher le suicide, de diminuer les symptômes, améliorer la qualité de vie et restaurer l’autonomie. C’est une alliance thérapeutique avec du médicamenteux et surtout du soutien psychologique au quotidien et de la stimulation cognitive, physique au travers d’activités.
 « Le nombre de décès issus du suicide n’est pas assez connu, pourtant quasi similaire à ceux causés par la grippe, il faut le faire savoir ! Et quand bien même il existe un danger de rechute, le taux de réussite dans le traitement de la dépression est réel ! Il faut le faire savoir ! La dépression n’est ni une maladie honteuse, ni une fatalité ! » conclut le gériatre.
 
Pour le mot de la fin, il souligne : « la dépression n’est plus un sujet tabou mais le suicide oui, et c’est de la dépression qu’il en découle. Dans le suicide ce n’est pas la mort que l’on recherche, c’est de mettre un terme à la souffrance. C’est à la portée de nous tous, dans notre façon d’être, d’accorder une place à l’écoute et à la parole, de donner de notre disponibilité dans la bienveillance. Même un geste d’une fraction de seconde, ou ne serait qu’un regard, peuvent avoir une belle importance ».
 
 Ingrid , Stagiaire en formation d'Animateur en Gérontologie